La Russie tente d’enroler des journalistes Français

Propagande Russe : Recrutement en cours en Europe

Un journaliste raconte son entretient pour un journal fiancé par la Russie.

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Dimitri de Kochko, ancien de l’AFP, tente aujourd’hui de recruter des journalistes favorables au Kremlin. Ici, en 2013, sur le plateau de Prorussia.TV

Notre chroniqueur raconte comment le Kremlin tente d’enrôler des journalistes afin qu’ils assurent la propagande du régime de Poutine. Une pratique d’un autre âge.

C’était le 17 octobre, à deux pas de l’Arc de triomphe. J’avais mis un costume. Après tout, un entretien pour “diriger et présenter une quotidienne radio dédiée aux thématiques internationales” ne se présente pas tous les jours. Je savais peu de choses de l’agence de presse La Fabrique à news qui devait produire ce programme : jeune boîte, jeunes patrons, belle adresse, recommandation professionnelle impeccable et “un financement européen”.

“Des émeutiers manipulés par des nazis”

On me conduit dans une salle, on me présente une jeune femme au prénom et à l’accent slaves, un homme d’une cinquantaine d’années, genre vieux briscard du journalisme, et un jeune boss. Tout le monde s’assied. L’entretien commence. “Vous savez que c’est la Russie qui finance. Ça vous pose un problème ?” Suit une heure d’affrontement verbal musclé. L’Ukraine ? “Où sont les preuves de l’intervention russe ?” Maidan ? “Un coup d’Etat et des émeutiers manipulés par des nazis.” Le vol MH17 ? “C’est l’armée ukrainienne.” Le déclin démographique russe ? “Redressé depuis deux ans.” La Géorgie ? “Tout est de la faute de Washington.” L’Otan ? “Comment la France peut-elle à ce point se laisser asservir ?

Le “troll du Kremlin”

Pendant ce temps, la jeune femme au prénom slave et le jeune patron écoutaient les bras croisés. En silence. Cet “entretien d’embauche” terminé, je suis sorti un peu humilié (d’avoir été sérieusement convoqué) et surtout perplexe. Quelques minutes de recherche ont suffi à identifier mon interrogateur : Dimitri de Kochko, ancien de l’AFP, qualifié de “troll du Kremlin au service de la propagande” russe par Libération. Vu sa véhémence, on n’est pas loin de la vérité. Quant à la jeune slave, je ne saurai jamais les raisons de sa présence muette mais attentive.

En fait, la question est : que cherche la Russie en tentant d’embaucher (au prix fort) des journalistes français ? La réponse : des relais d’opinion. Le Kremlin ne parvient plus à faire passer son message. En tout cas, plus aussi haut et clair que lorsque l’Union soviétique disposait en France de “compagnons de route” influents et d’intellectuels bienveillants.

Confusion entre journalisme et communication

A Paris, ceux qui soutiennent les positions russes sont si caricaturalement marginaux, à l’image de Dimitri de Kochko, qu’ils finissent par nuire à leur commanditaire. Donc, va pour embaucher des journalistes indépendants. Le problème, c’est que Moscou confond journalisme et communication. A leur décharge, c’est ce qu’ils ont à la maison : des attachés de presse gouvernementaux travaillant pour des médias à la botte du pouvoir. Il est tout de même juste de préciser qu’il existe en Russie des journaux relativement indépendants que personne ne lit.

Reste que l’image de la Russie s’est beaucoup dégradée lors de la re-soviétisation de sa politique extérieure. Comment pourrait-il en être autrement alors que l’Europe unie s’est bâtie sur la recherche du consensus entre égaux ? Dans un contexte occidental apaisé, où les budgets militaires n’ont jamais été aussi faibles, les démonstrations de force russes sont insupportables.

Impérialisme d’arrière-garde

La Russie n’a pas les moyens concrets de cet impérialisme d’arrière-garde. D’autant qu’elle n’a qu’un client sérieux : l’Europe. Cela justifie-t-il un traitement médiatique objectivement déséquilibré de la Russie ? Non, bien sûr. Mais tenter d’enrôler des journalistes occidentaux est contre-productif. Ça finit immanquablement par un article dans Les Inrocks.

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Olrik

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